Comme nous vous l’annoncions dans le Plasturgie Infos de novembre dernier, la Fédération de la Plasturgie et des Composites est partie prenante dans l’étude sur l’ « État des lieux de la chaîne de valeur du recyclage des matières plastiques en France » réalisée dans le cadre du Comité Stratégique de Filière « Chimie & Matériaux ». Le cabinet Deloitte qui a été sélectionné pour conduire cette étude a débuté ses travaux en décembre et nous remettra son rapport en juillet prochain.

ValorplastLa première réunion du comité de pilotage du 15 janvier a été l’occasion pour Deloitte de nous faire une synthèse des entretiens qu’ils ont menés avec les acteurs clés de la filière du recyclage (Fédération de la Plasturgie et des Composites, 2ACR, DGCIS, ADEME, Adivalor, Ecologic, Eco-Systèmes, Eco-Emballages, Elipso, Federec, Fnade, Véolia, Arkema, Inéos…).

Il en ressort que le secteur du recyclage en France est très atomisé avec une forte spécialisation des acteurs industriels. L’une des conséquences de cette dispersion est la faible capacité intrinsèque des installations industrielles ce qui représente certainement un frein aux économies d’échelle. Par ailleurs, ce secteur doit faire face à de fortes contraintes extérieures, notamment la concurrence des exportations de déchets plastiques vers des pays bénéficiant d’une plus grande souplesse en termes de respect des normes environnementales et d’un coût de main d’œuvre particulièrement compétitif (Asie du sud-est, Chine).

Le recyclage est une industrie de savoir-faire confrontée aux exigences de qualité de plus en plus importantes de la part de ses clients. Les flux de déchets se complexifiant, les recycleurs doivent en permanence adapter leur outil industriel et leurs process aux différents types de déchets qu’ils reçoivent tout en maintenant les prix sous la pression des clients pour qui l’intégration de matières recyclées doit se faire à coût constant.

Par ailleurs, cette première phase de l’étude fait apparaître que les recycleurs ne consacrent pas suffisamment de ressources au développement commercial de leurs activités, préférant privilégier les fonctions techniques, d’où une certaine stagnation dans le développement de cette filière.

En ce qui concerne les débouchés des matières plastiques recyclées (MPR), il est difficile d’estimer leur taux d’incorporation dans les produits finis du fait de la confidentialité des formulations. Les quelques données disponibles reposent donc sur des hypothèses et des estimations qu’il convient d’utiliser avec précaution.

Face à l’enjeu du recyclage, les plasturgistes doivent composer avec des freins à l’incorporation de matières plastiques recyclées. Ces freins sont d’ordre techniques (variation de la qualité), sanitaires (manque de traçabilité) et réglementaires (contact alimentaire, REACH…), économiques, voire médiatiques.

A contrario, le recyclage offre aux plasturgistes de nouvelles opportunités de développement de produits et de marchés. En effet, les grands donneurs d’ordre (automobile, emballage…) ont parfaitement intégré l’incorporation de matières recyclés dans leur produits. Dans le secteur automobile en particulier, jusqu’à récemment le plastique recyclé était réservé à des pièces non-visibles par le consommateur. Aujourd’hui, des pièces de style (peaux de pare-chocs) sont fabriquées avec des MPR.

Même si l’idée du recyclage matière fait de plus en plus son chemin dans la filière plastique, il reste deux défis majeurs à relever que sont l’influence du prix des matières vierges sur celui des MPR et la concurrence du recyclage avec les voies alternatives de traitement, en particulier la mise en décharge. L’étude en cours devrait permettre d’identifier les faiblesses et les opportunités du recyclage des plastiques en France et ainsi de définir des axes d’amélioration pour faire de notre pays un champion dans le domaine.

Marc Madec, Directeur développement durable