Le 9 avril, l’ANSES a publié son avis sur l’évaluation des risques associés au BPA. Dans ses messages aux média, l’Agence pointe du doigt les risques potentiels d’une exposition de la femme enceinte pour l’enfant à naître, notamment via les boîtes de conserve, les tickets de caisse et les bonbonnes à eau. Cet avis tardif vient cautionner la loi votée fin 2012 et qui interdit le BPA dans les conte- nants alimentaire à partir du 1er janvier 2015. Dans un rapport spécifique, l’ANSES fait le constat qu’aucune alternative au BPA ne se distingue pour le remplacer faute d’innocuité prouvée. Parmi les 73 alternatives, 21 ont été identifiées pour le polycarbonate et 18 pour les résines époxy. Les substituts utilisés actuellement sont conforme à REACH, les autres sont encore en phase de R&D, et il n’y a pas de produit universel pour se substituer au BPA dans ses usages actuels. Ce sera le cas pour les résines époxy dans les boîtes de conserve, où le BPA sera remplacé par plusieurs résines en fonction de l’aliment à conserver (liquide ou solide, plus ou moins acide, plus ou moins gras). Pour les tickets de caisse, l’ANSES préconise « tout simplement » de changer de technologie d’impression : ce sont les fabricants d’imprimantes laser qui se frottent les mains. Très rapidement après la publication de l’avis de l’ANSES, les producteurs de BPA, de polycarbonate et de résines époxy ont émis de très fortes réserves quant à la méthodologie utilisée par l’agence dans ses travaux d’évaluation. Les principales critiques portent sur les points suivants :

  • Choix sans explication de 4 études spécifiques pour mener l’évaluation leur donnant ainsi un poids prédominant très exagéré et oblitérant des centaines d’études disponi- bles sur le BPA.
  • Analyse statistique des données par l’ANSES qui relève d’une approche non conventionnelle.
  • Dans l’exposition dermale, choix de considérer que 100% du BPA pénètre la peau alors que 10% est le pourcentage gé- néralement admis.

Prise en compte d’études toxicologique que les agences sanitaires européenne (EFSA), américaine (FDA) et japonaise (AIST) considèrent comme insuffisamment robustes. De ce point de vue, la Fédération de la Plasturgie et la filière plastique souhaitent qu’une évaluation de l’analyse statistique de l’étude soit conduite par un expert indépendant. Par ailleurs, la fin de l’année risque d’être difficile pour l’ANSES. En effet, les avis de la FDA et de l’EFSA sur le BPA sont très attendus et leurs conclusions risquent fort d’aller à l’encontre des positions de l’agence française, l’isolant encore un peu plus. Rappelons à cette occasion que sur le dossier des perturbateurs endocriniens, c’est l’ANSES qui a en charge l’évaluation des phtalates : d’autres débats et polémiques en perspective.

Contact : Marc Madec, Responsable HSE. m.madec@fed-plasturgie.fr